Deux ans à Bobo!, ce que j’y ai appris

A quelques heures près, cela fait maintenant deux ans que je suis installée à Bobo-Dioulasso, Burkina Faso. L’occasion idéal de faire un petit bilan de ces deux ans et regarder ce que ça m’a apporté.

Alors, en deux ans, j’ai appris :

-un peu de Dioula même si je suis loin d’être bilingue et de pouvoir tenir une conversation, le fait de pouvoir « faire mon marché » en langue locale est agréable, me permet un contact sympathique avec les vendeuses et me revient probablement bien moins cher. En effet, si je parle suffisamment dioula pour demander « Tomati saaba » ( trois tas de tomates), je dois surement en connaitre le prix correct et non le prix avec taxe «  étranger ».

– la patience. La vraie, celle qui existe quand il ne se passe strictement rien. Moi, qui passe auprès de mes amis européens comme quelqu’un d’assez patient, je reste admirative face à ces enfants assis sagement lors d’un mariage, enterrement, baptême , autre cérémonie et qui restent sans broncher pendant des heures, le temps que la nourriture soit posée, mangée, digérée sans rien d’autre à faire.  J’ai aussi appris que un rendez-vous peut avoir jusque une heure de retard voir ne pas venir sans prévenir, que la pluie annule tout et que la cérémonie doit attendre les officiels pour commencer, parfois longtemps.

-à ne pas m’attacher trop aux chats et chatons. Les chats ont la vie dure au Burkina. Quand ils ne se font pas prendre pour être manger ( c’est de la viande et ça goûte le lapin parait il), ils doivent se battre contre les vers qui leurs pourrissent le ventre, les serpents, la chaleur, les chiens errants voir les humains qui ne leur trouvent pas bonne réputation. Les chats n’ont donc pas très longue vie. Depuis mon arrivée, j’ai ainsi connu Macha, Image, Emile, Riri, Fifi qui sont tous « partis ». Mais ils m’en reste, la dernière en date « Grippy » ayant donné naissance à cinq boules de poils dans mon armoire.

1er jour de vie

– à aimer la pluie à sa juste valeur de apporteuse de vie, voir mon « ode à la pluie » précédent

– à maintenir le contact. Les burkinabè sont plutôt doués pour maintenir leur réseau social : que ce soit avec un petit message régulier sur WhatsApp , un appel. Pour ma part, j’ai toujours été plutôt lente dans mes relations, laissant passer des mois sans contacter mes amis, non parce que je les ai oubliés mais parce que je n’en ressens pas le besoin et que je sais que je pourrais toujours les appeler un jour. En étant éloignée de mes amis occidentaux, c’est plus compliqué de maintenir le contact. Je ne les vois qu’une fois par an. Si je ne prends pas de nouvelles, mes relations pourraient vite s’étioler. J’ai donc appris à me «  forcer » un peu, envoyé un petit message, une photo, une pensée, Car garder le contact avec ma tribu de là-bas est aussi important. Et ce faisant, j’essaie d’appliquer cet apprentissage aux amis que je me fais ici.

–  à manger avec les doigts. Même si ma technique doit encore être améliorée, je mange beaucoup plus de choses avec les doigts même l’Atiéké ( couscous de manioc) ou la salade. Je reste cependant une inconditionnelle des ustensiles pour le riz.

Avec les doigts? je n’y suis pas encore arrivée

– à  reconnaitre un palu quand il me tombe dessus. Un article plus long suivra sur le paludisme, mais sachez seulement que cela secoue bien le corps.

– à rythmer mes journées avec les prières de la mosquée voisine. Comme les prières sont liées au soleil et que sous nos latitudes , le soleil ne change pas beaucoup de saisons en saisons, l’appel à la prière de la mosquée rythme mes journées : quelques heures avant le réveil, sur le temps de midi, le milieu d’après-midi, le début de soirée, le soir. J’ai mes points de repères réguliers et auditifs.

– à prendre le temps d’attendre la réponse quand je pose une question. La culture burkinabè est une culture réfléchie. Ici, on ne pense pas tout haut. Ce qu’on exprime doit être juste car on ne reprend pas sa parole. Et l’erreur n’est pas acceptable. Du coup, il m’arrive régulièrement de me retrouver en animant un atelier devant des participants silencieux pendant un long moment, voir un très long moment. Mais la réponse va venir, éventuellement. J’ai ainsi appris qu’il me faut attendre le double du temps qui m’est confortable avant de relancer mes participants, sinon ils vont avoir l’impression que je les presse.

– à accepter de ne rien comprendre. La culture occidentale qui se veut rationnelle, scientifique, nous a appris à vouloir tout comprendre. L’européen veut comprendre. Même dans l’art, il veut trouver des explications, connaitre les raisons de l’artiste. Certains films d’ailleurs souffrent au box-office car « trop complexe »,  «  je n’ai rien compris » et causent une frustration chez leurs spectateurs. Ici, il y des pans entiers de la culture que je ne comprends pas et que je comprendrais peut-être jamais car je n’ai pas grandi dedans. Et au quotidien, je me rends compte que dans certaines de mes conversations, mon interlocuteur burkinabè et moi ne parlons pas de la même chose, encombrés que nous sommes dans un français de deuxième langue et une culture qui empêche de demander de répéter. Mais j’ai appris à lâcher prise.  D’ailleurs, cela n’empêche pas qu’il y ait des résultats, parfois inattendu de mes conversations, comme la fois où une soupe de mouton est apparue sur ma table de terrasse.

Peut-être, je ne comprends pas tout mais je suis en confiance et c’est le principal et j’ai encore beaucoup à apprendre !

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