Une journée bobolaise

L’exemple d’une journée type à Bobo où rien n’arrive comme prévu mais où au final tout s’arrange.

Ce matin, je me suis réveillée un peu grognon : il  a fait chaud cette nuit et le chat Emile a  encore miaulé tôt à ma fenêtre, juste avant l’appel à la prière du matin, celle de 4h30.

Depuis mon emménagement dans ma nouvelle maison super chouette avec manguier et citronnier dans la cour, c’est la première nuit avec des insomnies.

En prenant mon petit déjeuner de papaye-bananes- céréales avec un jus de mangue et un thé vert glacé, sur la terrasse, il m’est facile de relativiser et de croire en la fameuse formule «  ça va aller ».

Ma journée est prévue longue. Dans deux jours, c’est la cérémonie de lancement et le premier atelier du Cycle de Créativité Entrepreneuriale dont la gestion m’a été confiée par l’équipe du Ciné Guimbi ( plus sur le projet de réhabilitation du ciné Guimbi ici) .

Il reste encore pas mal de choses à caler et mon agenda se bouscule car parallèlement, je collecte les ressentis des participants à la formation en éco-coopérant qui m’a amenée à Bobo et la cérémonie de remise des diplômes est aussi prévue avant la fin de la semaine…. Je commence à bien le comprendre, ici encore plus qu’en Belgique, il se passe des semaines sans rien et puis tout arrive en même temps.

L’ambiance décontractée de ma terrasse me permet de lâcher prise : il y a de grandes chances que tout soit bousculé dans les prochains jours mais ça va aller.

Aujourd’hui, on invite la presse pour la cérémonie de vendredi, on range un peu le lieu de l’événement et l’après-midi c’est un rendez-vous avec une intervenante qui semble un peu distante et cours de Dioula. Ma journée devrait se terminer vers 18h, je ne pense pas que j’irais au cours de danse du mercredi.

Sauf que

Rien ne s’est vraiment déroulé comme prévu même si tout c’est arrangé.

Dès la sortie de chez-moi, je croise Kadi qui s’occupe, une fois par semaine, de venir m’aider avec le ménage et surtout la lessive (à la main, elle est 1000 fois plus efficace que moi). Je peux donc la prévenir: cette semaine il vaut mieux qu’elle passe samedi matin, vendredi je sens que ce sera compliqué.  

Cette rencontre est un des signes qui me fait dire que «  pas de quoi s’inquiéter, ça va aller et il n’y a pas (vraiment) de problèmes ». L’expression «  pas de problèmes », est devenue une caricature de l’Afrique et de l’attitude des africains et pourtant elle traduit une philosophie de vie qui me plait de plus en plus : en effet, « pas de problèmes » est souvent utilisé face à quelqu’un ( souvent un occidental) qui s’inquiète de quelque chose qui n’est pas prêt , ou qui semble compliqué à organiser. « Pas de problèmes » signifie que ça ne sert à rien de s’inquiéter à l’avance : la catastrophe crainte n’est pas encore arrivée, on peut donc trouver une solution.  « pas de problèmes » veut très souvent simplement dire «  en vrai, il n’y a pas encore de problèmes ». Et ma journée va bien illustrer cela.

N’ayant pas de nouvelles des rendez-vous à prendre pour le bilan de la formation, je rappelle un des formateurs-relais locaux. Il me dit qu’il me reviendra avant midi pour le rendez-vous avec le Secrétaire Général de la Commune.

Au bureau du hub Ciné Guimbi, difficile d’avancer dans le rangement : on attend l’électricien et le plombier qui vont surement encore faire quelques crasses. On rangera demain ou vendredi matin. « Pas de problèmes »

Entretemps, j’ai reçu un coup de fil : j’ai un rendez-vous à 14h avec le directeur du service de l’hygiène et de la santé pour évaluer les changements dans son service maintenant qu’un des agents est diplômé en éco-conseil. Ça complique mon après-midi : les réunions vont s’enchainer… sauf que mon cours de Dioula est annulé ( le professeur a une crise de palu). Voici qui soulage un peu les aller-retours. Encore une fois :« pas de problèmes ».

Puis un second coup de fil, un autre rendez-vous est fixé avec le commandant de la police municipale, toujours pour évaluer l’impact de la présence d’une éco-conseillère dans le service. Par contre, toujours pas de nouvelles du rendez-vous avec le secrétaire général… ce sera la semaine prochaine.

A 14h, je pars pour mon premier rendez-vous mais le directeur est parti pour une urgence. C’est l’éco-conseiller du service qui va me rappeler pour reprogrammer.

Je continue donc chez le partenaire du cycle sur l’entrepreneuriat qui après une petite attente me reçoit et confirme sa présence : bien plus simple que ce à quoi je m’attendais. Comme quoi : «  pas de problèmes »

Sur le retour, je m’arrête pour saluer un des formateurs-relais : il m’informe que la cérémonie des diplômes ce sera pour vendredi matin : la journée de vendredi s’annonce protocolaire mais tout va s’enchainer « sans problèmes ».

Et je croise Casimir, un des amis burkinabé diplômé en éco-conseil. « Ah, justement, j’ai rendez-vous pour aller voir la poubelle que tu m’as demandé ». Quelques minutes de randonnées à moto dans les rues des quartiers populaires de Bobo, je n’ai pas de poubelles pour ma maison mais je sais à quoi je peux m’attendre et  sur le chemin, j’ai enfin rencontré la femme de Casimir !

A 16h, je suis de retour à la maison mais je n’irai pas à la danse, il y a beau ne « pas avoir eu de problèmes » ce fut assez agité comme ça pour aujourd’hui !

Emile, chat -pot de colle et ravi d’avoir sa toubabou d’humaine pour la soirée

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