Bienveillance, c’est aussi culturel?

La bienveillance est un mot utilisé à outrance dans certains milieux.  La manière dont cette bienveillance se pratique  varie grandement d’une culture à un autre. Entre bienveillance forcée et bienveillance ancrée dans la culture, il m’a fallu quelques temps pour comprendre un des aspect du Burkina et de sa population qui m’a tellement attiré : une bienveillance presque naturelle tellement elle est ancré dans cette culture de l’accueil.

La bienveillance est un mot que j’ai surtout rencontrée lors de mon implication ( et bout de carrière) dans les milieux de la transition écologique et la conséquente plongée dans les pratiques qu’on appelle « intelligence collective ».

Culturellement l’Occident a un structure sociale plutôt basée sur la hiérarchie (par classes sociales, mérites intellectuels ou expériences) et une culture individualiste. Ce qui poussé à l’extrême après plusieurs siècles d’évolution, entraine des dérives de plus en plus visibles. Notamment on peut marquer le manque de représentations et de voix dans les décisions de ceux qu’on peut appeler « en bas de l’échelle ». Certains mouvements militants ont ainsi tenté de développer de nouvelles méthodes de « faire ensemble » pour contrer  cette dérive. Toutes ces nouvelles méthodes plus ou moins efficaces mettent régulièrement en avant la bienveillance.

Bienveillance, un terme qui regroupe pas mal de choses et n’est que rarement défini par ceux qui l’utilisent. Pour ma part, je la définis comme le fait d’être gentil (j’aime bien le mot gentil, il est devenu, avec le temps et en occident, synonyme d’un peu niais ,tout un symbole de l’inadéquation de l’Occident avec la bienveillance)  et ouvert envers l’autre et soi-même.  La bienveillance ( dont l’origine du mot veut dire « vouloir le bien ») n’est pas évidente dans la culture individualiste et compétitive du monde occidental.

Que ce soit en réunion d’intelligence collective ou dans la vie de certains collectifs, la bienveillance est parfois imposée et comme chacun a sa propre définition, cela ne se fait pas sans heurts. Cette bienveillance imposée empêche la colère ou les émotions fortes. Celui ou celle qui les exprime sont considérés avec condescendance  comme moins avancés car l’expression de leur mécontentement pourrait heurter les autres et donc ne pas être « bienveillant ». Et quelque part, j’ai certaines personnes qui se veulent particulièrement bienveillantes, il m’est souvent semblé que cette attitude était un peu forcée. Me donnant l’impression d’être en face de personnes qui avec toutes les bonnes intentions manient maladroitement une pratique qu’ils me maitrisent pas.

En contraste, la culture burkinabè est bienveillante. Elle est obligé pour sa survie de l’être. Au carrefour de plusieurs pays et plusieurs civilisations, composée d’une soixantaine de ethnies différentes, l’ouverture à l’autre et le respect du point de vue de l’autre est essentiel pour garantir le vivre ensemble. La situation sécuritaire et la présence de forces terroristes sur le territoire depuis près de 8 ans ont quelque peu détricotés ce vivre-  ensemble mais on n’efface pas un trait culturel ancré en si peu de temps.

Ainsi au Burkina, les gens sont réellement curieux de l’autre : on veut savoir comment l’autre fonctionne. Tout effort d’intégration aussi petit soit il est reconnu avec de grands sourires voir des éclats de rire quand il s’agit de parler quelques mots en langues locales. Et la majorité des burkinabè veulent faire en sorte que tu aille bien. Un autre aspect de cette culture est l’importance de ne pas perdre la face en public. De grands efforts sont ainsi déployés pour ne pas être vu en faute mais également pour ne pas mettre l’autre en faute. Certains aspects de conflits ne seront jamais discutés en public et seront toujours atténués. Le burkinabè pardonne également beaucoup plus facilement.

Ceci ne veut pas dire qu’il n’y pas d’escrocs au Burkina, ni de voleurs et que personne ne te fera jamais de mal, pas du tout. Mais en grande majorité, j’ai plutôt l’impression que le burkinabè vous veut du bien… benevolens, racine latine du mot bienveillance et qui veut dire « vouloir du bien ».

Mon professeur bienveillant de langue locale

Une réflexion sur “Bienveillance, c’est aussi culturel?

Laisser un commentaire