Comme je le notais dans cet article « Coopération au développement, the good, the bad and the ugly », les projets de coopération peuvent être de beaux projets et avoir des impacts positifs et durables (mes derniers articles sur le sujet pourraient vous faire croire que je suis fâchée à jamais avec le secteur, que nenni) MAIS pour réussir et impacter positivement, les projets de coopération doivent être réellement coopératifs et on ne peut pas être coopératifs sans un certain niveau de confiance et de compréhension de l’autre. Entre en jeu, les compétences de vivre en interculturalité et où certaines personnes peuvent avoir un rôle clef de réussite. Ces personnes, je les appelle les « personnes-ponts ».
Comme je l’écrivait dans le rapport bilan que j’ai réalisé à la fin de la formation en éco-conseil/ eco-coopérants, une des clefs de la réussite du projet a été la présence de « personnes -ponts ». Le projet étant une formation pour un double public : 8 burkinabè et 8 belges. La présence au sein même du groupe et parmi les coordinateurs et les encadrants du projet, de personnes qui, de par leur histoire avaient une double culture et pour la plupart une culture belge et burkinabè, a grandement aidé à faire prendre la sauce de l’interculturalité dans notre groupe. Parce que en ayant vécu en Europe, ce burkinabè savait prévenir de la nourriture au goût inhabituel ou expliquer cette habitude inconnue mais qui parait banale aux burkinabè. Parce que étant burkinabè d’origine, ce résident belge a pu orienter les participants burkinabé dans la navigation de cette salle de gare en travaux avec des panneaux de signalisation tout mélangés, en utilisant les mots et les indications qui seront le plus remarquées par eux.
Comme je le notais également dans cet article sur « le goût acide de la coopération au développement », la présence intentionnelle et encouragée de « personnes ponts » entre la culture du bailleur et la culture du terrain est un gage essentiel pour la connaissance réelle du terrain, l’adaptation des actions aux besoins concrets mais aussi le respect et la confiance mutuelle.
Les points d’attention pour les personnes-ponts.
Mais attention, la présence d’une personne ayant par son histoire une double culture , une personne qui peut, si elle le désire et en est laissé l’opportunité, faire le pont entre ces deux cultures n’est pas la panacée. Car il arrive que cette personne :
- Privilégie une des deux cultures (consciemment ou inconsciemment) et fasse ainsi passer les valeurs de l’une au-dessus de l’autre ;
- Soit prise dans des rapports de domination entre cultures et les reproduisent. Ceci est très souvent le cas pour les travailleurs des organisations internationales, formés en occident mais de nationalité locale, ils sont embauchés pour « représenter les locaux » mais n’ont pas la possibilité d’exprimer cette culture locale ou reproduisent les manières enseignées sans les questionner ;
- Enchantée par sa deuxième culture qui, selon elle corrige de nombreuses problématiques de sa culture de naissance, ne jure plus que par ces nouvelles façons de faire et dénigre ou rejette sa culture d’origine, C’est le cas des « bountis » ou des « bananes » comme les appellent certains ;
- A l’inverse, victime de discrimination dans sa nouvelle culture, se raccroche par nostalgie à sa culture de naissance et rejette la culture d’adoption. On observe ce phénomène dans certaines communautés de migrants internationaux.
- Après de longues années, restée principalement en contact avec sa culture d’adoption, oublie certains aspects de sa culture d’origine et sans forcément sans rendre compte ;
- Ou de même, étant restée éloignée de sa culture de naissance, en a gardé une image qui ne correspond plus à la réalité, car la société a, depuis son départ, évoluée et parfois profondément. C’est notamment le cas pour des personnes originaires de pays qui ont connu des changements importants dans le paysage politique et économique mais aussi de pays qui ont une population très jeune. A la différence de cultures, se mixe alors une différence de générations.
Prendre intentionnellement ce rôle de personne-pont nécessite ainsi un travail conscient de vérification de ces biais pour éviter toutes reproductions de domination et agir comme un véritable pont et non comme une voie à sens unique.

